26/08/2026

WhatsApp Image 2026-08-26 at 15.33 4 ok.jpg

Olya Lookoye expose à l'Espace de la Tour du vendredi 28 août au dimanche 13 septembre.

Olya Lookoye, son nom d’artiste, est arrivée depuis quelques jours à Mably où elle va présenter, du 28 août au 13 septembre, « Passage » à l’Espace de la Tour, première exposition de la nouvelle saison culturelle mablyrote. Ayant quitté la Russie en raison des tensions, l’artiste partage à travers son travail sa grande sensibilité.
Dans les œuvres d'Olya Lookoye, la réalité familière se fragilise en effet : la maison cesse d’être un lieu sûr, l’espace se déforme, et l’être humain se retrouve dans un état de transition, entre la chute et le vol, entre la perte et une nouvelle expérience. Les images évoquent un univers proche du conte, mais elles sont ancrées dans l’histoire personnelle de l’artiste : l’émigration, l’expérience d’une catastrophe sociale, la rupture avec le monde familier et la recherche d’un nouvel appui. « Passage » est un chemin où la perte devient le début d’un mouvement, et où ce que l’on perd devient le prix de la liberté.

 
  • WhatsApp Image 2026-08-26 at 15.33 ok.jpg
  • WhatsApp Image 2026-08-26 at 15.33 5 ok.jpg
  • WhatsApp Image 2026-08-26 at 15.33 bis ok.jpg

Olya, pouvez-vous nous retracer votre parcours de vie ?

J’ai 50 ans. Je suis née à Novossibirsk, en Sibérie. J’ai une formation en histoire et en ethnographie : j’ai obtenu mon diplôme de l’Université d’État de Novossibirsk en 2000. J’ai ensuite suivi une formation artistique et, en 2015, j’ai obtenu mon diplôme de l’École supérieure d’art de Novossibirsk, spécialité peinture. Je pratique l’art et participe à des expositions depuis 2016. Mes œuvres ont été exposées en Russie, au Kazakhstan, en France, en Italie, en Grèce et en Turquie. J’ai quitté la Russie en 2022, j’ai vécu et travaillé plusieurs années au Kazakhstan, et depuis 2026 je vis en France.
 
Pourquoi avez-vous quitté la Russie ?
J’ai quitté le pays en 2022 à cause de la guerre et des répressions. Je n’ai pas accepté ce qui se passait, et travailler dans ces conditions était devenu pour moi impossible et dangereux en raison des restrictions imposées à la liberté d’expression.
Mon mari et moi sommes d’abord partis au Kazakhstan. Le thème de la route, de la perte du foyer et de sa redécouverte, du passage, du changement — tout cela est devenu pour moi une expérience importante qui est entrée dans mon travail. Mais je ne perçois pas la route uniquement comme une perte. Pour moi, elle signifie aussi la liberté, le mouvement et la découverte d’un nouvel espace.

Vous êtes une artiste multidisciplinaire, mais à Mably vous présentez principalement de la peinture. Combien d’œuvres exposez-vous ?
Je présente 32 œuvres ici. Je travaille effectivement avec différentes techniques : peinture, aquarelle, dessin, art numérique ; je travaille aussi avec le texte et je crée un roman graphique. Mais la peinture reste au centre de ma pratique artistique.
En peinture, j’aime la tempera, ainsi que les techniques mixtes. Mais, pour moi, le matériau en lui-même n’est pas essentiel. Pour moi, un tableau n’est pas un objet matériel, mais une fenêtre ouverte sur une nouvelle réalité que je dois révéler. La peinture n’est qu’un moyen. Quand on regarde un film captivant, on cesse de voir l’écran comme un objet. De la même manière, dans un tableau, la toile, le châssis et la peinture doivent disparaître pour qu’il ne reste devant le spectateur que l’image.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers votre travail ?
Je ne formule aucun message à l’avance. Je trouverais ennuyeux de peindre ce que je sais déjà. Si une idée peut être formulée avec des mots, pourquoi la peindre ? On peut simplement l’exprimer — et c’est tout. Pour moi, un tableau est une aventure.
Quand je commence une œuvre, je ne sais jamais exactement où tel ou tel sujet va me conduire. Je pars d’une première image, je lui fais confiance et je regarde où elle m’emmène. L’idée se révèle pendant le processus de création et elle me surprend souvent moi-même. Ce n’est qu’après coup que je comprends comment certains détails sont liés entre eux et pourquoi j’ai eu envie d’ajouter précisément ceux-là. Pour moi, c’est toujours une révélation et une catharsis. Dans chaque œuvre, il y a une petite découverte, et souvent un véritable bouleversement. Si je pleure en peignant, c’est bon signe. Cela veut dire que j’ai touché quelque chose de vivant. 
 
Votre univers visuel est proche du conte, tout en abordant des thèmes profonds et sérieux. Est-ce une manière d’en parler par la métaphore ?
Oui. Pour moi, le conte n’est pas simplement un procédé artistique, mais une manière de penser. C’est le langage de l’inconscient. J’essaie de me connecter à cette façon de penser et de raconter la réalité à travers ce prisme. La force de l’art réside dans l’authenticité des émotions qu’il provoque. Le conte est un milieu naturel pour les métaphores et les images, qui s’adressent directement à l’être humain, par l’émotion.
Dans mes tableaux, le conte peut parler d’émigration, de politique, de peur, d’amour ou de liberté. La métaphore me permet de ne pas illustrer littéralement un événement, mais de créer une autre réalité dans laquelle quelque chose de sérieux peut être à la fois drôle, effrayant et absurde.

Exposition « Passage » du vendredi 28 août au dimanche 13 septembre, de 14 h à 18 h (fermé les lundis) à l’Espace de la Tour, Parc de la Mairie.
Vernissage : vendredi 28 août, à 18 h, au chapiteau. Présence de l’artiste tous les weekends de l’exposition
Visites commentées : samedis 5 et 12 septembre, à 16 h.